Les belles histoires de French Cancan...

Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite ou volontaire.
Affichage des articles dont le libellé est les gens. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est les gens. Afficher tous les articles

15/06/2011

#26. French Cancan presents Hey Why Not productions

Au Canada, il y a de la neige l'hiver et des festivals l'été... et des Canadiens toute l'année!!

Quand on partage un appartement avec un étudiant bien trippé et que l'on conjugue nos talents créatifs, ça donne une maison de production et une première vidéo très prometteuse :





CC French Cancan 2011

08/01/2011

#24. Célibataire, Le Statut De La Honte


C'est quoi "célibataire" au juste?
Allons donc demander à Petit Robert ce qu'il pense de ce mot...

Célibataire est donc un nom ou un adjectif qui désigne une personne qui vit dans le célibat. En exemple, Bébert cite "les habitudes célibataires" (Queneau) pour une utilisation en tant qu'adjectif, ou bien rapproche la définition du célibataire aux noms "fille" et "garçon". Il cite à nouveau un Grand Auteur Français (ou GAF), Anatole France : "l'égoïsme raffiné d'un vieux célibataire". Et il n'oublie pas non plus de mentionner des expressions communément employées telles que c'est un célibataire endurci, Célibataire en concubinage notoire ou bien l'apposition mère célibataire ou encore l'usage familier du mot célibataire : "je voyage en célibataire", c'est à dire sans conjoint.

Ok, d'accord, donc c'est quoi le célibat si une personne célibataire vit dans le célibat?
Hop, on rejette un coup d'œil dans le pavé que Bébert s'est fait chier à rédiger et qui est souvent délaissé au profit de la bible web du savoir, Wikipedia (qui n'est pas agréé par l'Académie française, je tiens à le préciser, donc ça compte pas quand on joue au Scrabble).

Célibat est un nom masculin, jusqu'ici tout va bien. P.R. propose deux définitions :
1. État d'une personne en âge d'être mariée et qui ne l'est pas, ne l'a jamais été.
Rob' nous renvoie alors à la définition de célibataire et nous donne des exemples de l'usage de ce mot : Vivre dans le célibat et célibat ecclésiastique qui est donc la conséquence du vœu de chasteté. Il n'oublie pas de citer un GAF comme Rousseau : "L'homme n'est pas fait pour le célibat." En gros, pas fait pour ne pas assouvir ses désirs sexuels.
2. Chasteté, période de chasteté dans le mariage (même pas le 1er samedi du mois, ndrl). Citation de GAF : "La prophétesse druidique était astreinte à de longs célibats." (Michelet), et donc son contraire : mariage.

De nos jours, on a détourné la réelle définition du mot célibataire et on l'associe à une personne qui ne vit pas en couple, ou bien qui n'a tout simplement pas de copain/copine avec qui il y a possibilité d'échanger des fluides corporels.

D'ailleurs, sur un site qui discute la langue française, Monkey003 est très étonné de savoir que célibataire ne veut pas forcément dire en pénurie d'amour et de sexe :
"Bonjour,

Je m'étonne de trouver dans le dictionnaire cette définition pour célibataire "personne qui n'a jamais été mariée". Cependant, les personnes vivant en couple mais etant non mariées sont-elles considérées comme celibataires? Nous, on utilise célibataire pour dire que quelqu'un est seul. Si maintenant j'ai une copine et que j'ai 14 ans, je ne suis plus "célibataire". Comment faut-il entendre ce mot? Des couples vivant sans être mariés sont-ils célibataire? Merci de m'aider.
"

Euh, comment te dire Monkey003, as-tu peur de ce vilain mot? Est-ce que par le plus grand des malheurs, ta vie privée ferait État d'une personne en âge d'être mariée et qui ne l'est pas, ne l'a jamais été ? T'inquiète, c'est pas un mal en soi, car nombre de gens qui ont le statut "Marié(e)" regrettent celui de "célibataire" qu'ils n'auront plus jamais car après ils auront le choix entre "divorcé(e)" ou "veuf/veuve", qui ne sont pas forcément des statuts qui font rêver non plus.

En France, quand on rencontre des gens, on se claque la bise et on se présente en donnant les informations nécessaires pour s'identifier : État civil et situation professionnelle. L'état civil inclut le statut marital et donc sexuel.
Quand on dit "je suis célibataire", les gens te regardent avec un air désolé, comme si être célibataire était quelque chose de triste (la solitude) et de honteux (l'onanisme obligatoire). Ensuite après une brève discussion, on va toujours entendre la question qui tue : "Mais alors, comment ça se fait que tu sois célibataire?????"

D'une, c'est une question vraiment con à laquelle je ne vois qu'une réponse possible : "Et toi comment ça se fait que tu ne sois pas célibataire". I mean, qu'est-ce qu'ils insinuent avec cette intrusion soudaine dans ta vie privée?
Et puis, ils ne se rendent pas compte que cette question de causette sociale est pleine de sous-entendus :
- le sous-entendu soi-disant flatteur. Tu as tout pour plaire, un travail, des amis, un physique agréable, c'est bien difficile de comprendre pourquoi t'es seul(e).
- le sous-entendu suspicieux. Y'a un truc qui cloche alors, il/elle doit être homo, c'est pas possible autrement (parce que c'est bien connu, tous les homos sont seuls et tous les célibataires pas moches sont homo).
- le sous-entendu machiste. Quand on est une femme célibataire, il semble impossible à ces personnes curieuses (hommes ou femmes) de concevoir qu'une femme puisse vivre seule sans l'aide de quelqu'un d'autre, et à priori un homme.
- le sous-entendu déplacé. En gros, comment tu fais pour ne pas baiser? Et là les gens sans trop le savoir, prennent le mot "célibataire" au sens de vœu ecclésiastique de chasteté...

Le célibataire est souvent perçu comme un être étrange à la limite de la marginalité.
Dans notre société, le but que tout être se doit d'avoir dans la vie, c'est de se caser et de faire des gosses, surtout quand on est une femme, les hommes arrivent mieux à s'en sortir avec ce statut de la teuhon. Si une femme ne suit pas cette voie normale de l'évolution et qu'elle n'a pas forcément ce but premier dans la vie, les gens se disent qu'ils ont affaire à une grosse égoïste, féministe et individualiste qui finira vieille fille aigrie entourée de chats.

C'est la honte grave d'être célibataire.
La normalité dans notre société, c'est de vivre en couple. Le bonheur est secondaire.
C'est ce que l'on voit quand on tape le mot "célibataire" sur google, on tombe exclusivement sur des sites de rencontre qui promettent au solitaire de rencontrer l'âme sœur sur catalogue et selon des études scientifiques personnalisées utilisant des outils mathématiques de compatibilité, moyennant une participation financière bien entendu.
On tombe aussi sur des agences de voyage labellisées "pour célib'", ces gens qui en ont marre d'être entourés de couples et qui veulent s'éclater et fréquenter des gens atteints du même syndrome social.

Les émissions télé sont également envahies par ce marché du célibataire à la recherche de partenaire de vie et de son intégration dans la société de consommation. Tous les "Loft Story", "Opération Séduction", "Qui veut épouser mon fils" et autres "L'amour est dans le pré" exploitent la fascination des gens envers ces gens qui vivent seuls.

Hier soir, j'ai cranté sur une émission que je n'avais jamais vue auparavant : "l'Amour au menu" sur Direct 8. C'est un savant mélange de "Tournez Manège" (recherche de l'Amour) et de "Un dîner presque parfait" (la bonne bouffe), le niveau est aussi bas, c'est un régal.

J'ai été époustouflée par la candidate célibataire, Delphine qui fait partie de ces femmes qui ont tout pour plaire (après tout est relatif, entendons-nous bien) et qui est quand même célibataire. Dans son portrait, elle répond à la fameuse question qui tue. Écoutez bien sa réponse :


Cette charmante hôtesse de l'air qui a un cerveau (mais quand même légèrement altéré par la décoloration abusive) a eu donc le choix entre plusieurs mecs. Elle veut une belle bague qui brille et des enfants. Elle veut être heureuse, tout simplement.

Ses prétendants :
Julien, 34 ans, chauffeur routier. Super charmant, attentionné, elle rigole bien avec lui, elle se sent bien, il faut plein de choses géniales dans sa vie, il lui offre une rose lors du dîner et elle n'y est pas indifférente... mais bon il est routier, et il ne remplit pas ses critères physiques.
Karl, 35 ans, steward. Le beau gosse. Et ça s'arrête là, il a pas l'air bien fut fut, mais c'est pas ce qu'on lui demande. Delphine est sous le charme de son sourire ultra brite, mais est bien consciente que cet homme-là, il papillonne grave.
Anthony, 36 ans, informaticien. Il a le profil même de l'informaticien (lunettes, pas baraque, pas très beau, complètement geek et habitué à être célibataire). Il est squizzé direct.
David, 27 ans, animateur pour enfants. Le mec fun, beau et pétillant. Mais un peu gay quand même.
Jean-Paul, 36 ans, cadre comptable. Sa passion c'est l'aviation, pour une hôtesse de l'air c'est plutôt bien tombé, mais quelle hôtesse voudrait passer son temps libre dans un avion? Et puis il est pô bô.

À priori, Delphine devrait choisir Julien.... Ben non, elle choisit Carl. Parce que c'est quand même mieux d'être une femme trompée au bras de Brad Pitt qu'une célibataire épanouie au bras (ou pas) de Roule Marcel.

CC French Cancan 2011

03/01/2011

#23. Faire la Manche, C'est tout un Métier

Quand on habite une grande ville, en l'occurrence Paris, on a tendance à croiser les mêmes personnes aux mêmes heures dans les mêmes quartiers et sur les mêmes lignes de métro.
Ce sont des anonymes qui font partie de notre paysage quotidien.



Les personnes que l'on croise le plus souvent sont celles que l'on est obligé de remarquer par leurs signes particuliers : il y a le cadre pressé qui ne céderait sa place dans le métro pour rien au monde, il y a la secrétaire peroxydée qui a forcé sur le parfum vanillé signé Yves Rocher, il y a la mémé déjantée qui promène Pépette dans une poussette, il y a le Gégé imbibé qui a toujours le même imper usé et il y a le SDF qui fait la manche dans la rue ou dans les rames du métro.

Les SDF sont malheureusement les personnes les plus ignorées car leur condition effraie terriblement le bon travailleur qui a un toit, une famille et un compte en banque plus ou moins rempli. Inconsciemment, la vue des SDF agit comme une épée de Damoclès : n'importe qui peut se retrouver dans cette situation précaire ; après tout, c'est la réalité de notre société.


Certains SDF sont obligés d'errer toute la journée voire toute la nuit. Il y a ceux qui cherchent à se faire oublier, des autres et d'eux-mêmes, et il y a ceux qui cherchent à se faire aider. Ce sont de ces derniers que j'aimerais parler, et plus particulièrement de ceux qui semblent abuser de la générosité et de l'empathie des gens qui ne les ignorent pas tant que ça.

De toutes les personnes dans le besoin que j'ai pu croiser, certaines ont, semble-t-il, fait de la manche un métier. Force est de constater que ces "professionnels de la mendicité" se foutent de la gueule du peuple pour lui extorquer quelques euros et je tiens à dénoncer ces pratiques qui consistent à toucher le cœur du passant pour lui faire ouvrir son porte-monnaie.

Dans le métro

Ah! Le métro parisien! Haut lieu de joie et de bien-être, c'est l'entreprise la plus rentable pour le mendiant carriériste. Il faut avoir une voix qui porte et un bon discours accrocheur, chronométrer son temps de passage dans le wagon sachant que la prochaine station est à 1mn20s et qu'il faut passer dans les rangs pendant ce laps de temps. Cela n'est pas donné à tout le monde et la concurrence est rude ; d'une station à une autre, le mendiant peut se faire coiffer au poteau par un autre plus talentueux et persuasif.

On y trouve différents profils aux CV intrigants, par exemple :

- Le musicien. Non sponsorisé par la RATP car refoulé au casting, il tente d'amadouer son cher public qui n'a rien demandé en faisant crisser son violon sur un vague air d'Édith Piaf. Quelques mois infructueux plus tard, on le retrouve dans une toute autre situation que celle évoquée lors de son premier essai lyrique. Il a laissé tomber le violon et est maintenant un tout jeune veuf éploré (voir plus bas).

- Le religieux. Il invoque Dieu et la conscience chrétienne du voyageur en lui rappelant qu'il est de son devoir de donner à plus démuni que soi. Ce discours semble bien fonctionner car j'ai constaté que les gens donnaient bien plus volontiers à un homme de foi qui ira très certainement s'occuper de son foie une fois la journée de travail ferroviaire achevée.

- La victime d'agression. Peu importe le nombre de mois écoulés et de rames de métro visitées depuis son agression qui s'est passée la veille, il lui manquera toujours 13 euros pour se payer un billet de retour dans sa campagne natale.

- Le veuf/La veuve avec enfants à charge. Bien plus souvent des femmes que des hommes d'ailleurs. Fraîchement endeuillée, son discours est son histoire. Son mari vient de disparaître et elle reste sans le sou avec 5 bouches à nourrir. Le lendemain, on la recroise et un enfant a soudainement quitté la famille. Ou bien les enfants répondent tous à l'appel, mais le petit de 5 ans a soudainement rajeuni de 3 ans. Et la mère semble ménopausée depuis belle lurette. Mais comme le religieux, la veuve émeut et gagne le jackpot.

Dans la rue

L'imposture dans la rue est bien plus contraignante que dans le métro. En effet, le métro est un endroit abrité exigeant une mobilité à toute épreuve. De plus, il est bien plus facile à un imposteur d'imposer son discours aux voyageurs enfermés dans un train que dans la rue qui est constamment en mouvement et qui nécessite au mendiant de rester dans un état statique et muet, quelques soient les conditions météorologiques. Ici, tout se joue sur l'apparence et il faut que le passant pressé remarque la présence du malheureux au destin brisé pour lui venir en aide.

Cependant, bien que la rue ne représente pas le meilleur endroit pour tenter de soudoyer le piéton, j'ai quand même démasqué des nécessiteux menteurs qui usent de subterfuges d'extorsion de fonds publics :

- La technique du petit animal de compagnie : les gens qui ont un cœur aiment logiquement les animaux. Et c'est en exploitant des animaux que certains se remplissent les poches. Une femme a récemment établi domicile à un coin de rue très fréquentée du côté de la gare Saint Lazare. Elle est installée sur sa valise et emmitouflée dans trois couches de lainages pour se protéger du froid. Elle tient dans ses bras son petit compagnon, un chat tout noir qui a l'air aussi malheureux qu'elle. Elle n'a pas d'écriteau mais elle semble réellement dans le besoin. On imagine qu'elle s'est fait expulser et qu'elle a avec elle tout ce qu'elle possède : cette petite valise et son chat. Une petite coupelle est posée au sol et quelques pièces ont été déposées par des passants généreux.
Le lendemain, je croise de nouveau cette pauvre femme et son chat. Mais quelque chose me semble différent de la veille. Je ne sais pas trop mais ça me tracasse. Je passe mon chemin quand je réalise que le chat noir a été passé à l'eau de javel. Il est devenu blanc comme neige! Ben ça alors! Et depuis, elle continue son petit échange discret de chats. Parfois, je revois le chat noir, puis le chat blanc et ainsi de suite. Bizarre pour une personne à la rue.
On notera que cette technique de troc subliminal est aussi utilisée avec des enfants...

- La technique du grand âge : voir quelqu'un dans le besoin et sans domicile est toujours difficile à accepter et d'autant plus quand cette personne est âgée. Toujours dans ce même quartier qui grouille de monde, j'avais auparavant remarqué une vieille dame, propre sur elle et pas franchement l'air accablé par la misère, faire la manche debout contre un mur et tenant dans ses mains un écriteau sur lequel elle avait marqué : "J'ai 77 ans et je suis à la rue. Aidez-moi".
Puis le lendemain, même dame âgée, dans des vêtements différents de la veille, même endroit, avec un écriteau différent de la veille. Cette fois il était écrit : "J'ai 84 ans et je suis à la rue. Aidez-moi". Vas-y la mamie, il ne lui manque plus qu'un chat et un chien drogués et installés dans un mini lit et la retraite est assurée! Non seulement elle a cru que les gens ne passaient jamais dans la même rue mais en plus elle n'était pas souvent à son poste. C'était seulement entre 10h et 13h qu'on pouvait la voir... Peut-être une ancienne employée de La Poste, qui sait?


Quand on ne voit plus ces personnes qu'on avait pris l'habitude de croiser, notre paysage est bouleversé, nos habitudes sont chamboulées et notre cœur espère que ces personnes, fussent-elles réellement dans le besoin, ont finalement trouvé le moyen de s'en sortir...

Mais comment différencier les personnes honnêtes dans leur misère des imposteurs qui profitent de la bonté des gens pour arrondir leurs fins de mois difficiles? Et comment savoir si le sou donné sera dépensé comme on l'aurait imaginé (pour payer la chambre d'hôtel, offrir un repas à leur enfant, nourrir Pépette ou Pompon, acheter leur billet de retour vers leur famille...)?

Je ne sais pas si la mendicité peut résoudre les problèmes de pauvreté. Par contre, si l'argent offert au mendiant était plutôt donné à des associations qui s'occupent d'aider financièrement, moralement et socialement les personnes dans le besoin, il y aurait peut-être un peu moins de ces imposteurs dans la rue et dans le métro. À vot' bon cœur!

Je vous souhaite à toutes et tous une très bonne année 2011 et que jamais vous ne connaissiez la misère.
CC French Cancan 2011

08/03/2010

#21. La Pipolitique - ou Comment Se Rendre Intéressant Quand On Ne L'Est Pas

Dans Pipolitique, il y a "Pipole", un mot adapté pour désigner un "People" (i.e. des gens, en anglais). Un "Pipole" est une personnalité publique qui fait des choses ou qui n'en fait pas, ce n'est pas ce qu'on lui demande à la base. En résumé, on devient "Pipole" dès lors qu'on passe à la télé et qu'on offre son image au public.

Dans Pipolitique, il y a aussi "Politique". Depuis le sacre de notre Président, la vie privée des politiques est entrée dans la lumière des magazines à scandale (bon d'accord, Mitterrand avait lancé la mode, mais à l'insu de son plein gré, contrairement à nos actuels gouvernants).
La politique gonfle les gens au point de ne même plus se donner la peine d'aller mettre un bulletin dans les urnes. Par contre, ces mêmes gens -somme toute ordinaires- se passionnent pour la vie privée de personnes sans grand intérêt philosophico-politico-artistique. Et ce sont ces mêmes gens qui -par matraquage médiatique- en arrivent à avoir une conscience citoyenne au point de décider de l'avenir de ces "Pipoles" en votant pour ou contre eux, par voie téléphonique (c'est quand même plus simple et moins contraignant que de se rendre dans un bureau de vote affrété pour l'occasion).

Surfant sur la vague de la médiatisation de masse, de l'abrutissement du public panurgien et de son intérêt pour le voyeurisme, les politiques ont décidé de se mettre sur le marché de la célébrité futile en étalant un peu partout (presse, web, télé) leurs histoires de fesses qui semblent tant passionner le citoyen qui détient toujours le pouvoir de voter pour ou contre eux.

Dans "Pipolitique", il y a bien sûr "Pipo". Et qui mieux qu'une célébrité politique manie ce fabuleux instrument de musique enchanteur?
Réponse : les médias, évidemment!

Ce que je m'apprête à vous dévoiler s'inscrit très justement dans cette catégorie "Pipolitique". Mais afin de préserver l'anonymat des personnes visées par ces rumeurs, je ne citerai aucun nom.

Donc dimanche dernier, le 7 mars 2010, les rumeurs allaient bon train. "On" a dit plein de choses sur des grandes célébrités qui nous accompagnent au quotidien - qu'on le veuille ou non.
Il paraitrait que la 3ème femme d'un grand (enfin, là, le mot est certainement démesuré) homme politique français serait en entraînement intensif pour les prochains J.O. de Londres, discipline gymnastique et sauts d'obstacle. Son coach perso serait lui un "superbe" (là encore, un bien grand mot) chanteur de chansons françaises tourmentées et nombrilistes.
Il paraitrait même que l'homme politique de mari aurait pris l'avion en express, direction la Thaïlande (qui aurait payé ce voyage, "On" se le demande), pour couper court aux échauffements et récupérer fissa sa gymnaste en herbe partie prendre le large avec son chanteur-entraîneur...

Mais il paraitrait que l'homme politique n'est pas tout blanc dans l'histoire maritale à la Woody Allen.
"On" dit que Monsieur passerait beaucoup de temps en réunion pédagogique avec une ancienne championne d'arts martiaux reconvertie (comme beaucoup d'athlètes de haut niveau) dans la politique....

Passionnant, n'est-ce pas? Est-ce que ces galipettes sportives vont avoir une influence sur les votes des téléspectateurs assoiffés de potins pour combler le vide de leur vie (et de leurs bourses)?
Réponse : le 21 mars 2010...

CC French Cancan 2010




23/11/2009

#14. De la culture américaine...

Ah! Les États Unis d'Amérique, le pays où les rêves deviennent réalité, où n'importe qui peut devenir Président (testé et approuvé par un acteur et un "fils de" dépourvu d'activité cérébrale).
La ruée vers l'or, Hollywood, Wall Street, Mickey Mouse et la junk food... Le pays de la surconsommation de masse qui entraîne des dérives mentales et physiques en tous genres.

Vous vous ennuyez et ne savez pas trop quoi faire pour tuer le temps?
Alors je vous propose de découvrir les habitants de ce fabuleux pays où rien n'est impossible, même si on se dit souvent "Non mais c'est pas possible!".
Si, si! Jetez-un oeil sur ce site : http://www.peopleofwalmart.com/ vous n'en croirez pas vos yeux.

Pour info, Walmart est un supermarché populaire implanté un peu partout aux US. Si un jour vous vous rendez là-bas, c'est l'endroit à ne pas rater pour comprendre certains fonctionnements/dysfonctionnements américains.

Allez, comme dirait le gouverneur de Californie, Hasta la vista, baby!



CC French Cancan 2009

06/11/2009

#12. Comment être servi(e) plus vite dans un fast-food?


Pas envie
C'est vendredi soir. On est en fin de semaine au début du mois de novembre et la lumière du jour se fait rare. Le petit vent frais gerce les lèvres et l'humidité pénètre jusqu'aux os. Une seule envie : faire du cocooning chez soi, tranquille loin de l'agitation éprouvée pendant la semaine (métro, boulot, courses en tous genres, sorties avec les amis, et tutti quanti).

Alors quoi de mieux que de ne rien planifier si ce n'est l'allumage de la télé à l'heure d'une bonne petite série qui ne fait pas réfléchir mais qui ne gagaïse pas non plus totalement (contrairement aux émissions de variété, qui pour la plupart, ont tendance à mettre le téléspectateur dans un état proche de la léthargie)?
Et pour faire encore mieux, on se fait un bon petit plateau-repas qui ne nécessite aucun passage par la cuisine.

Envie
Quelle chance d'habiter une capitale qui, comme beaucoup de capitales, est conçue pour vous offrir ce genre de services et vous pousser à la consommation de masse. On a le choix entre tout. Donc il suffit juste de suivre son envie et de prendre son téléphone et de composer le numéro d'Allô Pizza 2000 ou bien de Sushi Express Minute. Zou, une demi-heure plus tard, on sonne à la porte et c'est parti pour la nidification intensive.

Big Tasty
Mais ce soir précisément, ma soirée cocooning, je ne la conçois pas sans un Big Tasty de chez McDo. Bon, la soirée "gnagnatage devant la télé" devra débuter par une sortie sous la November rain, mais ça en vaut la peine. On parle du Big Tasty là quand même.


Le Big Tasty, quoi

Donc oui, ce soir, grosse envie soudaine de bon cheeseburger bien gras. À l'approche de l'hiver, le corps doit faire ses réserves en prévision de la lutte contre le froid et clame haut et fort ses besoins. Là, mon corps réclame de la valeur sûre en terme d'apport calorifique. Il réclame McDonald's.
Et puis, ce qui est bien dans les grandes villes, c'est que les McDo, y'en a à tous les coins de rue! McDo est là pour satisfaire vos envies de gras à tout instant et rapidement -principe de base des fast-foods.

Ça se passe comme ça chez McDonald's
Enfin, rapidement... Au macdo* de mon quartier, ça dépend de ce que l'on veut et surtout comment - sur place ou à emporter? Oui, parce que le macdo est organisé en deux sections bien distinctes (pour faciliter les choses, très certainement mais je ne vois pas très bien l'efficacité de ce genre de procédé)

Sur place ou à emporter?
La section "sur place" à gauche, et la section "à emporter", à droite après le mur de séparation aménagé en espace de dégustation rapide.
Bien évidemment, un vendredi soir de novembre vers 20h30, on est pas seule à avoir la même idée de soirée macdo-télé/squat. La longueur de la file d'attente dans la section "à emporter" vous rappelle un stress dont on voulait justement se débarasser en se faisant une soirée à la cool tranquille. Par contre, la section "sur place" est vide, juste un type qui paye et qui prend son plateau-repas.

Choix cornélien
Être honnête, faire la queue pour une commande à emporter, et attendre dans un endroit qui n'est pas très zenifiant -bon d'accord, le macdo a fait des efforts avec ses nouvelles matières plastiques, ses couleurs chimiques et sa lumière électrique. Mais sur moi, ça marche pas du tout. Ou bien l'option déjà testée et approuvée précédemment, qui consiste à être servie tout de suite et à passer moins de 5 minutes sur les lieux. Mais il faut une touche de sans-gêne vis-à-vis d'autrui qui suit les ordres d'une organisation aberrante et improductive. C'est l'option du bluff total.

Une fois n'est pas coutume
Je choisis cette option pratique et satisfaisante. Sans hésiter je marche vers la caisse, je commande mon burger, je paye (avec pile-poil la bonne monnaie) et j'attends le temps normal de conception de sandwich décongelé. Un jeune homme est arrivé à la caisse d'à côté, là où un serveur attendait de faire son travail. Il prend la commande, mais a dû l'annuler car le jeune homme s'était trompé, c'est pas la section "à emporter" ici. Le jeune homme n'a pas bronché et est retourné à la fin de la bonne file, certainement puni d'avoir essayé de griller tout le monde en allant discrètement dans la section d'à côté pour avoir son sandwich plus vite.

Smooth criminal
En même temps, c'est bien fait pour lui, c'est par l'erreur qu'on apprend. Quand on veut bluffer le système, il faut y aller jusqu'au bout et incarner à fond son rôle de client qui prend "sur place". L'erreur commise par le jeune apprenti a été de préciser "à emporter", il s'est grillé tout seul.
Mais moi, je joue dans la cour des grands. Après la minute d'attente, je prends enfin gentiment mon plateau repas, et je me dirige ensuite vers la sortie en mettant mon sandwich dans mon sac et le plateau au-dessus de la poubelle "Merci".

Tout est bien qui nidifie bien
Et voilà, l'opération macdo terminée, le bilan est positif : l'air de dehors fait quand même du bien, le service au fast-food a été rapide, macdo a fait un petit geste pour l'environnement (mon sandwich n'a eu droit qu'à un simple emballage carton, pas de sacs en papier ni de double fond cartonné labellisé "à emporter").

Ma soirée télé peut enfin commencer!

N'empêche ce serait tellement plus simple si McDo se mettait à la livraison à domicile...


* à noter : "Au macdo " est une expression populaire typiquement française : on raccourcit un nom propre, on le transforme en nom commun et on l'écrit phonétiquement.

CC French Cancan 2009

20/10/2009

#9. La Poste, on a tous à y gagner ?


14h -
Je sors de chez moi, mon sac rempli de colis à poster à l'épaule.



14h03 -
Je franchis le seuil du bureau de poste. Une longue barrière humaine scinde les locaux en deux parties. Une douzaine de personnes forme une file indienne. Loin devant, deux panneaux de séparation sont disposés devant les 4 guichets "Toutes opérations", et forment ainsi un rempart qui cache la non-activité des employés. Sur ces 4 guichets, un seul est opérationnel, les autres sont totalement désertés. Pour offrir un meilleur service à ses clients, La Poste a réorganisé son agencement.
À ma gauche, deux machines pour peser soi-même ses envois et imprimer soi-même ses timbres. Sur ces deux machines, une est hors service. Juste à côté se trouve la photocopieuse, pour photocopier soi-même ses documents. Une belle feuille A4 est scotchée sur le capot de la machine, une note y est rédigée à l'attention de ceux qui tenteraient de vouloir l'utiliser. On peut y voir dans une écriture enfantine les mots "En panne". Juste à côté de cette machine performante sans contrat de maintenance, se trouve le guichet "Colis". Mais tout comme les 3 guichets "Toutes opérations", celui-là est définitivement laissé à l'abandon. Pour bien signifier que c'est peine perdue d'espérer y voir un employé, le guichet a été redécoré de toutes parts avec tous les emballages colissimo possibles et imaginables. C'est devenu la vitrine d'exposition des produits de La Poste. Deux bancs vous laissent imaginer qu'il y a eu de l'attente et donc de l'activité il fut un temps. Mais ces bancs ne servent à personne, et personne n'oserait laisser sa place dans la queue pour aller s'asseoir en attendant que ça se passe.
À ma droite, le guichet "Lettres recommandées". Une fois de plus, la sentinelle chargée de cette lourde tâche a abandonné son poste.
Derrière moi, un autre guichet un peu obscure quant à ses activités. On imagine que des colis y sont envoyés car là encore, des monticules d'emballages Chronopost et Colissimo sont disposés tout autour en forteresse cartonnée.

14h05 - La toute petite dame âgée juste avant moi dans la queue commence à s'agiter. Elle essaie, tout en restant à sa place précieuse, de voir ce qu'il se passe derrière les remparts publicitaires (oui, on y trouve un peu de tout : des paquets d'enveloppes pré-timbrées, des livres de cuisine, des bd et des dvd à prix ne défiant absolument aucune concurrence, etc). Après des étirements physiques dignes d'un petit rat de l'Opéra, elle constate qu'elle n'est pas au bout de ses peines et trépigne de plus belle.

14h07 - La toute petite dame âgée déclare forfait. Elle quitte sa place et décide de partir vaquer à d'autres occupations. J'y gagne donc une place, et je décide de ne pas avancer d'un pas pour laisser un passage aux gens qui souhaiteraient utiliser eux-mêmes la machine à poster, et pour ainsi m'éviter des bousculades désagréables nerveusement.

14h08 - Un cadre dynamique pénètre les lieux d'un pas pressé. Malheureux! C'est la chose à ne pas faire à La Poste : être dans l'urgence. D'un regard affolé, il déchiffre rapidement tous les panneaux qui indiquent quel guichet s'occupe de quoi. Il cible le guichet "Colis" et l'atteint en trois enjambées. Il tente de trouver l'employé invisible qui se cacherait peut-être derrière les montagnes de cartons d'emballage. Très vite (il est pressé, rappelons-le), il comprend qu'il ne sera pas servi. Il cible alors une employée de la poste en balade digestive et qui passait par là. Il la harponne, la mitraille de questions et de reproches à la limite de l'insulte, et décide finalement de jeter l'éponge face à l'incompétence postière.

14h13 - Entre temps la file indienne s'est allongée. 5 personnes sont derrière moi. L'une d'entre elles, voyant l'écart civique de 45 cm que j'ai laissé devant moi, fait une tentative d'extorsion de place. Mais j'ai bien évidemment riposté en lui indiquant le sens de la queue. La personne se replie en soupirant bruyamment.

14h18 - La queue avance au ralenti. Les gens commencent à sautiller d'impatience et de léthargie. Je commence à ne plus sentir ma jambe droite. Je sautille également pour faire repartir ma circulation sanguine.

14h20 - On entend des soupirs, des grognements, des phrases haineuses marmonnées. L'attente devient insupportable. Les gens vérifient pour la énième fois l'adresse écrite sur leur enveloppe. Ils tapotent sur leurs téléphones portables pour s'occuper, tout en restant sur le qui-vive pour réagir à la seconde même où la queue avance.

14h24 - La queue avance. Presque simultanément, chaque personne fait deux petits pas en avant en traînant des pieds. Derrière moi, je sens une respiration proche, une chaleur qui émane et une sorte de gêne dans le dos. Je me retourne. Là, à 3 centimètres de distance, se tient une jeune fille qui protège sa place par le moyen le plus radical : se coller à la personne devant. Cette personne, bien sûr, il faut que ce soit moi. J'inspire profondément, j'ouvre un chakra et j'expire lentement.

14h30 - J'y suis presque! Plus que trois personnes avant moi. Le calvaire de l'attente debout touche à sa fin. Courage, il ne faut surtout pas faillir si proche du but.

14h31 - Miracle, l'employée précédemment en balade digestive s'installe à un des 4 guichets.

14h32 - L'employée enlève l'écriteau "guichet fermé".

14h33 - L'employée le remplace par un écriteau "cartes Pro".

14h33 et 12 centièmes - Une file s'est soudainement formée devant le guichet. D'où viennent ces personnes, personne ne le saura car tout le monde était occupé à scruter le moment où l'autre employé prononcera les mots magiques "Personne suivante". Dans la file "Cartes pro", les personnes s'agrippent à leurs cartes VIP.

14h35 - Les soupirs se sont transformés en râles. Ma file est exaspérée et dégoûtée du traitement de faveur qui est fait aux personnes qui ont les moyens de payer minimum 50€/an pour avoir le privilège de faire un peu moins la queue à La Poste.

14h38 - Hourrah! Je suis à présent en tête de file. Une certaine fierté m'envahit ; j'ai tenu jusque là en ayant gardé mon calme et sans perdre une jambe. Je jette un coup d'oeil à la longueur de la file derrière moi. Je me surprends à avoir un sourire en coin mesquin qui traduit mon orgueil de première de la file. Je regarde tous ceux qui sont derrière moi avec un oeil narquois.

14h40 - J'entends l'employé commencer un dialogue avec le client, annonçant mon passage imminent!:
"Et avec ceci Monsieur?
- Ce sera tout.
-Alors, ça vous fera 28, 43€..."
Le client sort son portefeuille ; les battements de mon coeur s'accélèrent.
Mais c'est à ce moment que j'entends à ma gauche des pieds racler le sol. La démarche est ponctuée d'un bruit métallique et régulier, proche du son du glas. Mon regard se dirige vers cette marche funèbre. Là, mon coeur s'arrête. Avançant d'un pas résigné, un vieillard et son déambulateur partent à la conquête de MON guichet. Il tient dans sa main une carte soigneusement plastifiée. Ce vieillard possède la black card des cartes VIP : la fameuse carte "handicapé", passage prioritaire, étoiles de l'Union européenne, fauteuil roulant, doigt d'honneur.
Sûr de lui et de son bout de papier, le vieillard a quand même la gentillesse de me montrer sa carte de plus près pour prouver sa légitimité dans le grillage éhonté de place. Tranquillement, sans trop se presser (c'est un handicapé quand même), il rejoint le guichet qui m'était destinée.

14h45 - Le vieillard doit se sentir bien seul. Car non content de griller la place à tout le monde, il entame une conversation d'ordre totalement privé avec le guichetier, nom de dieu.
"Ah ben oui, mon bon monsieur, c'est plus ce que c'était. Moi à l'époque, les gens se disaient bonjour..." Blablabla, clac, clac (bruit de son dentier mal collé), Blablablabla.

14h47 - Le vieillard souffre d'arthrite, c'est officiel.

14h48 - Pendant le bilan de santé d'Aymée Truffion (il ne nous manque plus que son numéro de sécu), la guichetière des cartes pro a fait péter la performance. Les 4 personnes VIP ont été servies! Le guichet est libre! Ni une ni deux, je fonce vers la zone libre. L'employée m'accueille :
"Bonjour Madame.."
Ayant déjà tout préparé, je lui sors mes colis et mes bordereaux soigneusement remplis.
"C'est pour des envois en colissimo.
- D'accord, alors, c'est pour envoyer en France?
- Oui, tout est prêt.
- Je vois."
Là, elle sort des bordereaux colissimo différents.
"Vous voulez les envoyer en simple ou en recommandé?
- Vous voyez, j'ai déjà rempli mes bordereaux, les voici.
- D'accord, alors, attention c'est sans signature, hein.
- Oui, je sais bien.
- Pfff, je sais pas ce que j'ai mais j'ai un de ces mal de crâne", dit-elle à son ordinateur.
Je la regarde avec des yeux ronds, les doigts tapotant sur le plastique du guichet. Elle prend un des colis, le pose sur la balance, et en attendant que ça fasse le calcul de poids (opération qui ne prend pas plus de deux secondes), elle disparaît sous son bureau. Je me penche pour voir ce qu'elle trafique. La migraineuse fouille dans son sac en lui demandant où étaient passés ses cachets pour la tête. Elle relève la tête en se confondant d'excuses pour me faire patienter. Elle refarfouille dans son sac. Elle réapparaît enfin, son porte-monnaie à la main. Elle prend un deuxième colis pour effectuer la même opération de pesée. Profitant du temps qui lui était donné, elle fouille dans son porte-monnaie et en sort quelques pièces jaunes. Elle prend un troisième colis. À ce moment-là, tous mes ongles sont cassés.
"Ahlala, non mais c'est affreux, j'ai la tête qui va exploser, je suis vraiment désolée, je vais vite aller à la machine prendre un truc sucré parce que là je tiens plus..."
Je n'ai même pas le temps d'ouvrir la bouche pour lui dire d'au moins finir ce qu'elle a commencé, qu'elle était déjà partie!
Je ronge le peu d'ongles qu'il me reste.

14h52 - La revoilà! Les mains vides.
"Encore désolée madame. Le pire, c'est que je n'avais pas la bonne monnaie pour la machine. J'y suis allée pour rien."
Mes doigts saignent.
Elle prend le dernier paquet et procède à la pesée.
"Il vous faudra autre chose??
- Non juste l'addition. Ah si, tant que vous êtes là et étant donné que je fais souvent des envois colissimo, serait-il possible que vous me donniez d'autres bordereaux pour que je les prépare à l'avance?
- Ah non, c'est impossible, nous n'avons pas été livrés, cela fait une semaine qu'on attend les fournitures."
Je ne veux pas rentrer dans sa conversation et ne lui demande donc pas comment elle aurait géré mes envois sans bordereaux.
"Tant pis. Je paye par carte."
Elle sort la machine à carte, tape consciencieusement le montant, me tend la machine. Je remarque une erreur d'entrée des chiffres.
"Euh, je vous dois 25,00 euros, pas 2500 euros...
- Ohhh, excusez-moi, hihihi, je fais n'importe quoi avec ce fichu mal de crâne."
Elle retape le montant, cette fois c'est le bon! Brl, brl, brl, le ticket sort, elle le déchire et me le tend.
"Voilà madame.
- Je peux récupérer ma carte aussi? Ça peut servir.
- Ohhh, excusez-moi, vous voyez je vous mens pas hein, j'ai besoin de sucre.
- C'est ça, aurevoir madame.
- ...
- Au-re-voir!!!
- Ohhh, excusez-moi, aurevoir madame."

14h57 - Ça y est! J'ai réussi à poster mes colis! Je n'en reviens pas, je vais enfin pouvoir quitter ses lieux où la patience est mère de toutes les vertus. Au guichet d'à côté, M. Truffion repart lui aussi avec son carnet de timbres fraîchement acheté.
Je sors du bureau de poste.
Dehors, les oiseaux chantent la victoire, tandis que M. Truffion se dirige vers la pharmacie de la poste.

15h00 - Je rentre chez moi.

15h01 - Je sors de chez moi pour aller m'acheter des faux ongles.

CC French Cancan 2009

18/10/2009

#8. L'instinct grégaire en jungle urbaine


Le métro parisien est une jungle urbaine souterraine où les nerfs sont mis à rude épreuve.


Forte d'une expérience de trente ans de pratique de cet environnement industriel dans lequel grouille une faune diversifiée, je peux vous dire que pour un bon parisien, il est inconcevable de ne pas utiliser ce moyen de transport pratique, économique et plus ou moins écologique. Que ce soit pour se rendre au travail, à l'école, se promener, aller faire des courses, sortir, ou rentrer chez soi, le métro parisien favorise le retour à des comportements agressifs primaires et à une certaine violation de la liberté individuelle.

L'instinct purement grégaire refait surface ; aux heures de pointe, des centaines de personnes sont parquées dans des conditions proches de celles des poulets en batterie. Aux heures creuses, les gens ont tendance à se regrouper en troupeaux de bovins nourris aux farines animales.

Quand vous prenez le métro le matin, disons à 9h, les épreuves sont plutôt physiques: les gestes matinaux sont automatiques, le cerveau est encore en mode nuit-dans-son-lit-douillet.
Le soir, disons à 18h, il faut s'attendre à devoir affronter les mêmes épreuves que le matin, mais le mental est bien plus que le physique.

Pour bien aborder cette jungle urbaine, il faut donc être prêt physiquement et mentalement : optez plutôt pour une tenue de baroudeur (eau, sac bandoulière avec pochette extérieure spéciale "pass navigo", baskets, lunettes, boussole, plan de métro) et équipez-vous d'une armure anti-stress : ipod, livre, console de jeu, portable, etc. Mais surtout restez sur vos gardes et anticiper le contrôle des agents RATP et leurs barrages volants.

La parcours du combattant commence à l'approche de la station de métro. Dans la rue, les gens sont pressés, se bousculent, vont dans tous les sens pour se frayer un passage vers la bouche de métro dans laquelle ils s'engouffrent à un rythme de course effrénée contre la montre, frôlant la chute à chaque instant.

"Prendre le métro" pour aller d'un point A à un point B consiste à passer une série d'épreuves truffées de pièges en milieu hostile...


L'épreuve du portique


Arrivé aux portiques, le temps est de plus en plus compté. Vous n'avez pas droit à l'erreur, le pass Navigo ou le ticket doit être prêt à être dégainé. Le trafic se doit d'être fluide, surtout le matin, quand tout le monde s'est levé du pied gauche et que tout le monde "travaille moi madame". C'est une fourmilière désorganisée où chacun suit son propre ordre d'exécution de gestes automatiques dans sa course contre la montre pour accomplir leur mission: ne pas rater son métro.
Préparez-vous à subir des violences physiques telles que se faire bousculer, se faire marcher sur les pieds, être coincé entre le tourniquet et la file de gens derrière vous qui essaient de forcer le passage en poussant chaque personne qui se trouve devant et tenter ainsi de provoquer un effet domino pour vous éjecter de leur chemin vers le quai.


L'épreuve du quai


Tels des loups affamés, les gens se regroupent en une meute guettant leur proie: l'arrivée du métro. Les yeux sont fixés sur le panneau qui annonce la prochaine rame à assaillir. Lorsque les compteur passe à moins de 2 minutes, un mouvement de foule se produit en direction du bord du quai.
Cette épreuve se déroule en deux étapes : la première est de passer au travers de ces meutes de loups à l'affût du moindre mouvement prêts à bondir, et d'anticiper l'assaut du métro qui approche du quai. La deuxième est d'adopter une stratégie de positionnement pour éviter l'attaque soudaine d'un nuage de chauves-souris remis en liberté à l'ouverture des portes des wagons.
Si vous échouez cette épreuve, vous perdez votre mission qui est quand même de ne pas rater son métro, et vous risquez d'avoir des traces physiques du passage des chauves-souris assoiffées d'espace et de vengeance contre tout le monde.
Votre mission est sauvegardée dès que vous franchissez la porte du métro et que vous êtes en voiture.

L'épreuve du trajet à bord


C'est une épreuve à trois options:

1. L'option assis (niveau facile)
Cette option requiert d'avoir préalablement franchi avec succès les obstacles éparpillés sur le chemin vers une assise. Il faut être vigilant aux vautours qui encerclent la zone des places assises, il faut savoir les devancer et les prendre par surprise. C'est un jeu de ruse, le plus futé et réactif s'assurera un trajet moins éprouvant.
Cependant c'est une option à pièges : femmes enceintes/personnes du 3ème âge/invalides peuvent à tout moment vous faucher la victoire au saut d'obstacles.

2. L'option strapontin (niveau moyen)
Vous êtes dans la zone des places debout.
L'instinct grégaire domine. Le troupeau reprend ses parts de pré en se rapprochant de la brebis égarée. Il n'est pas imposible que vous vous retrouviez à quelques centimètres de la croupe d'un des ovins. C'est en général une tactique adverse pour vous forcer à vous lever, à les rejoindre, et à partager votre espace vital.

3. L'option debout (niveau difficile)
C'est un grand concours d'immobilité, de raideur et de self-control. On a sa place debout, son bout de barre pour se tenir et il faut se battre pour garder son terrain conquis, jouer des coudes, contrer les envois frontaux d'haleine fétide, esquiver les mains baladeuses, supporter les écrasements de pied et la pollution sonore (conversations entre usagers ou téléphoniques), s'attendre à être exposé à des parasites du grégarisme qui viennent vous infester sous prétexte de métro bondé, s'installer sur votre épaule/votre sac/votre bras tendu en pesant bien de tout leur poids d'âne mort.
Un conseil : toujours avoir un oeil sur les mouvements des gens assis et du groupe de vautours dont la concentration peut faillir, pour éventuellement finir cette épreuve avec une petite pause avant la sortie.

L'épreuve de la sortie


Un seul but : sortir. Vous avez accompli votre mission "prendre le métro", à présent ce qui compte, c'est la sortie de terre vers l'air et la lumière.

Sortir du métro. Se lever si on est assis, et se diriger vers les portes. Bien sûr la meilleure place est devant la porte, le poing sur la manette, positionné bien au milieu. Les portes s'ouvrent, derrière, le bétail qui pousse pour avancer vers la sortie commune et devant, la meute de loups qui n'a qu'une chose en tête, monter dans le métro quoiqu'il arrive.
Enfin, rejoindre les mouvements de la fourmilière et traverser les différents courants pour atteindre la sortie.

L'ultime obstacle à franchir :

le portillon automatique/le tourniquet qui vous sépare de votre but : l'air libre.

Une dernière étape forte en émotions exploits sportifs... Il faut apprivoiser la machine mécanique aux mâchoires pneumatiques et à la respiration saccadée et menaçante. Il faut dompter la scie métallique tournante et peu accueillante.
C'est le sprint final vers la ligne d'arrivée. Il faut mettre tout le paquet et suivre son instinct de survie et se laisser guider par la lumière.

Une fois sorti, la mission est accomplie,



la récompense, c'est Paris.

CC French Cancan 2009